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HOMMAGE AU COMMANDANT JOEL LE GOFF TUE LE 3 MARS 1976 MONTREDON-DES-CORBIERES

 10 mars 2021

Une délégation des vétérans de la CRS-26 a rendu hommage à son commandant, Joël Le Goff, tué lors des événements de Montredon-des-Corbières le 3 mars 1976.

Après l’hommage rendu, dimanche dernier, par de nombreux viticulteurs, au vigneron d’Arquettes-en-Val Émile Pouytès, tué lors des événements de Montredon-des-Corbières,

Aude : 45 ans après, les vignerons n’oublient pas Montredon

ce sont les vétérans de la CRS-26 qui se sont recueillis symboliquement, ce mercredi matin, devant la stèle du policier, le commandant Joël Le Goff, tué également lors du drame de Montredon.
"Nous sommes cette année venus en petit comité en raison de la pandémie", déclare l’un des vétérans.

Aude - Montredon-des-Corbières : hommage au commandant Joël Le Goff 

Joël LE GOFF
 
1976 - Le Commandant Joël Le Goff est tué dans une opération de maintien de l'ordre àau cours d'une violente manifestation de viticulteurs audois.

Né le 7 décembre 1934 à Saint-Pierre-Quilbignon (Finistère). Marié, père de deux enfants.

Entré dans l'administration le 2 novembre 1961, après près de six de service militaire dans la Marine Nationale ; il prenait le commandement de la CRS N°26 le 1er Juillet 1975.
 
Ancien marin, pilote d'Hydravion, officier des CRS détachés à la Sécurité Civile, il a fait partie des pionniers qui ont mis en place les premiers Catalina de la Base de Sécurité Civile de Marignane où il était détaché de 1963 à 1972.

Nommé Commandant principal à titre posthume et élevé au rang de chevalier de la légion d'honneur.

Citation à l'ordre de la nation ; Croix de la valeur Militaire avec citation à l'ordre du corps d'Armée ; médaille d'honneur de la police nationale ; médaille d'or des actes de courage et de dévouement.

Inhumé à Marseille dans une concession familiale.
En 1975, l'économie traditionnelle du Languedoc viticole est en crise. Le système AOC s'impose tardivement dans une zone spécialisée dans des productions à faible degré d'alcool, élaborées au sein d'un puissant système coopératif bien ancré dans ses pratiques. Les vins produits sont effectivement mélangés avec des "vins médecins" à haute teneur en alcool, importés d'Algérie.
 
Pour l'ensemble des structures professionnelles viticoles du Languedoc, la remise en cause imposée par le marché est douloureuse. C'est tout un système qui s'effondre. La contestation gagne la région d'autant que, à cette époque, les négociants hexagonaux préfèrent importer des vins italiens rendus moins coûteux par la dépréciation de la Lire.

Le 29 Décembre 1975, le ton est donné : cinq mille professionnels bloquent le port de Sète pour faire barrage aux navires-citernes italiens et vident les cuves.
 
Des violentes manifestations égrainent la région : emploi d'explosifs et d'incendies sur les voies ferrées, barrages routiers improvisés sur les routes nationales, les passages à niveaux, au centre des impôts, devant certaines agences de crédit agricole,...

Le 3 mars 1976, deux viticulteurs audois sont arrêtés à leur domicile, puis transférés à Lyon en détention provisoire pour avoir participé à la mise à sac des chais du plus gros importateur de vins italiens, Pierre Ramel, à Meximieux (Ain). Pour certains vignerons, c'est l'occasion à saisir pour une forte mobilisation.

Dans la même soirée, le maire de Narbonne, Hubert Mouly, avertit le cabinet du ministère de l'intérieur de la gravité de la situation, et fait part de ses craintes de représailles. Le lendemain matin, le porte-parole du comité régional d'action viticole, Michel Romain, s'adresse à un millier de viticulteurs rassemblés cours de la République à Narbonne, et leur lance un mot d'ordre : " Tout le monde sur le pont de Montredon. Nous jurons que nous tiendrons tant que nos camarades ne seront pas libérés. "
 
Le lendemain, un attroupement de quelques trois milles viticulteurs se forme sur la RN 113 près de Montredon-des-Corbières (Aude) à hauteur du pont qui enjambe la voie ferrée. Ils établissent un barrage routier et ferroviaire. Lorsqu'un train de marchandises se présente vers 14H45, il est stoppé par un commando de viticulteurs qui s'était emparé auparavant d'une pelle mécanique et avait arraché les rails. Un second groupe met le feu à plusieurs wagons situés à l'arrière du train, une épaisse fumée noire envahit le secteur.
 
Jean-Claude Delmas (AFP)
Mise à sac du train de marchandises parti de Narbonne.
Dès lors, le Groupement Opérationnel des CRS désigne la CRS N°24 d'Agen et la CRS N°26 de Toulouse aux fins de disperser l'attroupement.

Les premières colonnes se forment pour mettre en place un front de charge, sous les ordres du Commandant Toussaint Siméoni de la CRS N°24. Il est en compagnie de l'officier de police judiciaire mandaté par la gendarmerie pour procéder aux sommations d'usage avant la dispersion de l'attroupement.

Soudain, des coups de feu retentissent en direction de la CRS N°26.  Plusieurs hommes sont blessés, certains grièvement. Ordre est donné de se mettre à l'abri derrière les véhicules de liaisons, et de répliquer par des tirs de grenades LI, OF et BR. Mais les viticulteurs sont déterminés ; armés de façon préméditée de fusils de chasse de calibre 12, ils tirent à la chevrotine et à balles à ailettes depuis le pont et le promontoire surplombant la nationale 113. Les officiers et les conducteurs sont particulièrement visés.

Blessé un première fois à la jambe droite, le commandant Joël Le Goff, de la CRS N°26, est atteint mortellement à la tête par une balle à ailettes cal. 12 qui transperce son casque de part en part. Seul le Lieutenant Jean-Louis Yonnet de la CRS N°26, sur les quatre officiers engagés, n'a pas été blessé. Ce dernier organise avec le Capitaine Jean-Louis Thore de la CRS N°24 la suite de l'évènement. Sous des tirs nourris, le corps meurtri du Commandant Le Goff est transporté difficilement dans un véhicule Sinpar vers l'arrière du dispositif pour être acheminé vers l'hôpital de Narbonne (voir vidéo dans les références ci-dessous).

Il s'est écoulé vingt deux minutes depuis le début des tirs des viticulteurs avant que les CRS ne répliquent finalement avec leurs armes en dotations. Un viticulteur audois d'Arquettes-en-Val est tué alors qu'il est distant de 150m du lieu de la fusillade, il s'agit d'Emile Pouytès, âgé de cinquante-deux ans. Deux autres blessés civils sont recensés.

Le bilan est très lourd. La CRS N°26 déplore un mort et dix-neuf blessés par balles, dont le Capitaine Jacques Saison et le Lieutenant André Grunenwald. La CRS 24 recense sept blessés dont deux gravement atteints : le Commandant Toussaint Siméoni, atteint par un tir de 22 LR à l'abdomen et le Brigadier Edmond Kiedos. Les ambulances étant regroupées à l'arrière du dispositif, ces derniers sont transportés directement dans les véhicules CRS (404 Break, Sinpar, car de Brigade).

Mardi 9 Mars 1976. Les obsèques officielles du Commandant Joël Le Goff ont lieu à Toulouse dans la cour d'honneur située à la CRS N°27. Son corps est inhumé à Marseille.

On ne retrouvera jamais l'auteur du coup de feu mortel. Un seul viticulteur audois, Albert Teisseyre, est arrêté le 1er Avril 1976, et incarcéré pendant 70 jours à la prison des Baumettes à Marseille puis libéré. Il bénéficiera de la loi d’amnistie de 1981.
 
Depuis Février 1979, chaque année le 4 Mars, les anciens de la CRS N° 26 de Toulouse déposent une gerbe au pied des stèles du Commandant Joël Le Goff et du Viticulteur Emile Pouytès situées du part et d'autre du Pont de Montredon des Corbières. Les viticulteurs quant à eux procèdent aux mêmes gestes le dimanche qui suit immédiatement la journée du 4 Mars. Il n'y a jamais de prises de paroles. ( https://policehommage.blogspot.com/ )
(Mémorial des policiers français morts en service, victimes du devoir, soutenu par l'association Police - Action Solidaire, département de l'Union des Anciens Combattants de la Police et de Professionnels de la Sécurité Intérieure (UACPPSI). 
 

Cérémonie 2019 

 

 

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